Affichage des articles dont le libellé est Y.. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Y.. Afficher tous les articles

21 août 2017

seul a berkeley


Voilà, le silence absolu recouvrit la maison, le silence et le froid, un froid qui semblait sortir de moi, envahir la pièce. Un froid glacial sur Oakland.
J’ai continué. La dodge le matin parcourait les rues froides de Berkeley et d’Oakland. D’une terrasse de restaurant à l’autre, la vie s’écoulait maintenant sans que je perçoive vraiment le temps passer. Du travail, des paroles échangées avec des clients, des potes ; un cinéma ou un joint, une soirée dans une villa sur les hauts de Berkeley, un jacuzzi plein de mecs speedés à mort admirant la baie en me branlant tranquillement. Aucune pensée d’avenir. Surtout pas penser à demain : rester, partir. Dans les milieux alternatifs de Berkeley, on trouvait des tas de combines pour continuer, longtemps après la période « Baba cool-sinsemilla » Un copain m’avait donné une « clef » pour téléphoner des heures sans payer un cent. Il s’agissait de reconstituer à partir d’un numéro de téléphone pris au hasard sur un annuaire, un n° de carte de crédit téléphonique.
Dorénavant, je passais tous mes après-midi libres dans un petit coffee shop de Durant ave. Je m’installait sur la terrasse à l’air libre, et t’appelais Nous parlions des heures. Toi qui pouvais passer des jours sans prononcer plus de quatre phrases, toi qui ne livrais rien de toi, toi, maintenant me racontais tout. Tes peines, tes angoisses. Tes jours auprès de ta mère et ta solitude dans les rues de notre petite ville de province si loin de SF.
Tu me parlais de moi aussi et de nous. Pour la première fois NOUS existait, prenait forme ailleurs que dans mon esprit. Je te manquais, tu pensais à moi et à notre vie, à la vie que nous pourrions avoir ici à Berkeley.
Après chacun de nos après midi, j’étais mal, je prenais en pleine figure, le soleil de la Californie, la nonchalance et la joie ambiante. Je décidais alors de me détacher de toi, de construire ma vie ici. Je sortais de nouveau dans l’esprit non plus de passer le temps mais de construire, de rencontrer, d’échanger. Je commençais à être heureux, j’espaçais nos appels téléphoniques. Toi bien sûr, le sentis très vite. Ton discours était de plus en plus axé sur le manque de moi, et bientôt sur des projets communs en France. Tu me remettais le grappin dessus, je commençais à y croire, à croire à ce que nous pourrions construire là-bas à Paris. Tu m’éloignais de ma vie californienne, tu détricotais à chacune de nos conversations ce que j’avais tissé auparavant. J’allais de nouveau être à toi.

06 octobre 2007

NYC soon!

NYC again ...soon


Bon, c'est presque décidé! malgré, la parano crispante des américains, malgré Bush, malgré l'Irak, malgré le passeport biométrique, c'est décidé (presque) je retourne à New York; je vais enfin tenir ma promesse déjà ancienne, la promesse faite à un gosse de 11 ans de l'emmener voir big apple. Emmener ce petit d'italien, voir les trottoirs de little italy, aller sur les trace d'Al pacino, de scorcese. Moi, je resterai comme toujours sur mon New York à moi. Un NYC de trottoirs qui fument, de nuits courtes, de taxis jaunes qui m'emmènent voir le petit matin à Coney Island sur les trace de Lou Reed et de Y. surtout Y. et finalement mon passé va encore me rattraper, avec son gout doux-amer des fins de speed, des Lucky fumées sans filtre, jusqu’au bout, jusqu’à s’en brûler les doigts.

Le froid, le froid du petit matin sur ces planches glissantes ; alors on jette son mégot au loin, on regarde la mer qui se découvre et on s’en retourne, on repart vers la lumière vers ce Nathan’s, sa chaleur, ses épaves hallucinées qui se gavent encore de pickles géants et de choux servi à volonté. Nathan’s si New yorkais, si juif, si ashkénaze. Mon New York est là aussi, avec Liza Minnelli, les lumières de times square et l’empire state avec.

coney island by night se cache derrière la photo de Nathan's cliquez dessus pour le découvrir

22 février 2006

Garçon/madeleine de Proust.




Comme un coup dans l’estomac, de grandes vagues chaudes m’ont subitement envahies dès que je t’ai aperçu, au hasard de mes divagations webiennes. Ron, son allure, son regard, tout en toi m’a ramené à lui. Mais pour parler de lui, il faut que je revienne à Y.
Depuis tes dernières déclarations, ma vie américaine, mon rêve américain ( ?) s’enfonçait peu à peu dans une quasi solitude dépressive. Tu m’avais de nouveau attaché, emporté. Tu faisais tout pour effacer entre nous les milliers de kilomètres qui nous séparaient. Je ne savais de fait plus vraiment où j’étais : étais-je à Berkeley, étais-je en France avec toi ? Je vivais ma vie comme une parenthèse. Pourtant, tout allait bien pour moi. Je menais ma barque correctement, le travail ne manquait pas, les copains non plus. Et cette vie semi clandestine, marginale comme la vie, dans le climat idéal de Berkeley peut l’être, me convenait. Mais mes journées étaient maintenant ponctuées par cette terrible force de rappel que tu exerçais sur moi. Je travaillais le matin mais trouvais toujours le temps l’après midi pour m’installer au café Durant et t’appeler, annihiler les distances entre nous et pendant quelques heures me retrouver là bas en France à tes cotés. Le téléphone raccroché, je devenais pendant un long moment comme un ET ayant raté sa porte transgalactique, en suspension dans l’éther !
Ainsi doucement mais sûrement tu m’éloignais de Berkeley et de la vie que je pouvais y construire. Pourtant le moment était venu de prendre des décisions. Les affaires allaient bien, notre associé canadien, souhaitait engager les démarches pour régulariser notre situation et ainsi lancer notre entreprise dans la légalité. J’éludais, je le faisais patienter, mais, même si je ne me le disais pas encore, j’avais pris la décision de te retrouver, de revenir vers toi.
Ce matin là, comme à mon habitude, je roulais, dans la fraîcheur matinale, dans les rues sombres de north Oakland, vers le chantier du jour. Cela m’était de plus en plus difficile. Je faisais de plus en plus mécaniquement mes gestes quotidiens, j’avis de plus en plus de mal à quitter « l’éther » entre la France et la Californie. Je planais sec ! Je n’ai pas vu le truck griller le feu rouge, je l’ai pris de plein fouet et ma dodge de 2,5 tonnes a valsé sur elle-même plus de trois fois avant de s’immobiliser à quelques millimètres d’une Cadillac blanche arrêtée devant un bar glauque. J’étais sonné, je n’arrivais plus à sortir de la voiture. Des tas de gens de couleur, sortis d’où je ne sais où, hurlaient autour de la voiture. Il me fallait atterrir reprendre conscience. Alors, tu as ouvert la porte coté passager ; je n’ai vu que ton sourire, tes yeux perçants. Tu m’as aidé à sortir du véhicule. J’ai reçu ton odeur en pleine figure, en un instant, j’ai eu envie, une envie foudroyante de faire l’amour avec toi. Au contact de l’air frais, j’ai commencé à me rendre compte que j’étais dans un environnement plutôt hostile. Le truck n’avait pas attendu, j’avais une station wagon transformée en virgule au milieu de north Oakland, dans une rue d’entrepôts et de bars ouvriers. Ouvriers exclusivement noirs. Je n’avais pas touché, fort heureusement la Cadillac, mais visiblement le propriétaire, un grand gaillard coiffé d’un énorme chapeau de cow boy, hurlait et affirmait le contraire, sa femme à ses cotés hurlait son traumatisme crânien ou je ne sais quoi. Je roulais sans permis et sans assurance. Les flics sont venus, tu as tout arrangé, calmement avec ton désarmant sourire. Tu m’as entièrement pris en charge ; je ne disais rien, rien d’autre que le strict nécessaire : nom adresse, permis ? Oublié à la maison, bla, bla, bla. Une ambulance ? Pas la peine, tu allais m’emmener aux urgences de l’hôpital le plus proche pour que l’on me pose les trois points nécessaires à la blessure de ma main.
Toujours dans le coltard, je t’ai accompagné dans ta Plymouth pourrie. Tu te marrais, très fier de toi, de m’avoir sorti de ce merdier. Pourquoi ? N’avais-tu donc rien d’autre à faire ce matin là que de passer dans un quartier black sauver la vie d’un frenchie paumé ? Toute la matinée c’est écoulée ainsi, moi à l’ouest, toi me baladant à l’hôpital de services en services pour que je puisse être soigné sans débourser un dollar.
Puis, nous nous sommes retrouvés chez toi. Le calme enfin, le silence. Ton odeur partout maintenant, envoûtante. J’avais une envie folle de te prendre dans mes bras ! Tu étais mince, blond, habillé de cuir comme un motard, un motard qui aurait échangé sa moto contre une Plymouth à bout de souffle. Tu portais ton blouson à même le corps, très près du corps, la fermeture éclair laissait apparaître une peau très blanche, une poitrine sèche et imberbe. Je comprenais l’odeur ; c’était celle de ton corps, de ta peau de presque roux mêlée au cuir, un cuir dans lequel tu devais passer tes jours et tes nuits.
Tu nous a préparé du café que nous avons bu en silence, les yeux dans les yeux tu te marrais tandis que je commençais à prendre de plein fouet le contre coup de l’accident. J’ai posé mon café sur le coin de la table et me suis précipité sur toi. Je n’y tenais plus, je t’ai enlacé à l’intérieur de ton cuir, à même la peau et j’ai pleuré, pleuré comme on pleure sur un grand frère. Tu as laissé le flot peu à peu se calmer. Puis, tendrement, tu as posé un baiser sur mes lèvres et tu m’as conduit vers le lit. Là encore, j’étais entièrement entre tes mains. Tu m’as tranquillement déshabillé et proposé de dormir un peu. Je t’ai demandé de rester près de moi, de t’étendre tout contre moi. Tu as simplement enlevé ton blouson et tes bottes et nous sommes restés ainsi, un long moment, toi torse nu, en pantalon de cuir et moi en slip, collés l’un à l’autre. Un grand moment de tendresse partagée.
Quand je me suis éveillé, tu dormais, là tout près de moi. Je pouvais à loisir, détailler ton corps, le grain de ta peau : blanche, je devinais sur tes épaules des taches de rousseur. Ton nombril sur un ventre plat mais pas parfait, sans doute déjà sensible aux multiples bières nocturnes. Pas de poils, juste un léger duvet se faisant plus fourni à l’approche de la ceinture du pantalon. Quelques poils roux cependant dépassaient de sous tes aisselles. Je me suis approché, humé tes bras, ton torse. J’ai laissé mon visage quelques instants juste au dessus de ton nombril à quelques centimètres de la ceinture de ton cuir, posé ma bouche délicatement sur ton nombril. Ta main s’est alors posée sur ma tête, tu étais réveillé, tu m’encourageais. Ton duvet blond caressait ma bouche et déjà l’odeur du cuir, à l’approche de ta ceinture se faisait plus présente. J’ai levé la tête, ton visage dégageait une immense tendresse, une infinie douceur, nous nous sommes embrassés, enlacés. Je n’aurais jamais pu t’ôter le pantalon, tellement il te collait au corps. Assis sur le lit, je te regardais te déshabiller, le regard rivé sur tes mains défaisant chaque bouton, laissant découvrir comme au ralenti, un peu plus de chair blanche sous un duvet de plus en plus fourni. Tu n’avais pas de slip, ta queue était belle, lourde et épaisse, parfaite à décalotter mais comme la plupart des américains tu étais circoncis..
Très vite j’ai collé mon visage sur ton pubis, te respirant à plein nez, très vite, agrippé à tes fesses, j’ai avalé ta queue, tes couilles superbement pendues. Tes fesses, charnues, poilues, une vraie forêt, contrastant avec le reste de ton corps plutôt glabre et imberbe. Que de douceur en toi ! Quel envahissement de tendresse ! Tu rayonnais. Contre coup de l’accident ? Là dans tes bras, sous tes caresses, j’étais comme submergé par une immense émotion, une envie irrépressible de me fondre et de ne faire qu’un avec toi ; Je retenais mes larmes, des larmes de bonheur. Nous avons fait l’amour longuement : infinie tendresse, infinie douceur ; peu de mots. Une longue exploration des corps. Tu m’as pénétré lentement, profondément, longtemps. J’ai joui et j’ai pleuré. Dehors il faisait nuit

04 février 2006

USA sans LUI

Il n'était plus là. La maison était maintenant vide de son silence, encore plus pesante de l'absence de son angoisse. J'ai fui en avant. Sorties, rencontres. tout pour créer ici, seul, ce que j'avais rêvé avec lui. Des copains, Des numéros de téléphone griffonnés dans le creux de ma main, puis, certains soirs, le creux ne suffisant plus, sur le dos de la main puis sur mon torse, mon ventre. Une solitude peuplée de tas d’inconnus souriants et aimables ; creux.
Les jours ont passé, j’avais de temps en temps des nouvelles de lui, il allait bien, manifestement, son retour en France, lui faisait du bien. Jamais je m’enquis de la date d

e son retour, je voulais lui laisser le temps de prendre.. Le temps. Et puis le retrouver pour revivre ce qui était finalement un cauchemar. Je l’aimais, oui, et j’étais prêt au nom de cette passion de tout supporter y compris la séparation.
Deux mois après son départ, il m’annonça finalement son retour. Il avait hâte de me retrouver, il avait la pêche, il avait plein d’idées pour nous, à commencer par un voyage à Las Vegas, là, dès son retour, pour que l’on se marrie ! Je n’en croyais pas mes oreilles, je ne reconnaissais plus le Y. qui était parti quelques semaines auparavant ! Avec quelle impatience, j’attendais maintenant son retour ; chaque heure, chaque minute qui me séparaient de nos retrouvailles. J’avais tout préparé, rangé la maison, viré les canettes de toutes sortes qui parsemaient le sol, rempli le frigo, passé l’aspirateur. Je me suis rendu à l’aéroport de SF, à l’arrivée de son avion, j’ai du laisser passer tous les passagers, sans le voir. A l’accueil, l’hôtesse a refusé de me dire s’il était dans l’avion ou pas. Je suis rentré seul, sans comprendre. Trois jours après, il était de retour en France. Le service de l’immigration à Boston, l’avait refoulé par le premier avion vers Paris. Ils savaient qu’il ne venait pas pour les vacances ou en visite mais bel et bien pour travailler (on ne va pas aux states sans billet de retour !)
Cette fois-ci, j’étais seul aux USA, seul et pour toujours. C’était clair, qu’il ne pourrait plus avant longtemps revenir.
Tout s’écroulait autour de moi. Les USA, NYC, les freeways, tout ce délire, c’était pour lui, avec lui mais pas sans lui. De quoi j’avais l’air maintenant perdu en Californie, à étanchéifier les terrasses des restos d’Oakland et de Berkeley.











REGARDdanslaVILLE
je t'ai croisé, moi seul dans la ville, sur le trottoir humide, bousculé par une foule pressée, pressée de trouver la bonne affaire, toujours meilleure, dans un magasin, toujours ailleurs. J'étais seul, avec Leo Ferré dans les oreilles, Leo ferré chantant Richard et sa quête des hommes disponibles , quelques fois aux heures pales de la nuit.
Et puis, je t'ai croisé, juste un instant, j'ai croisé ton regard derrière la vitre de ton autocar.Un regard qui scrutait loin, bien loin d'ici. Nos solitudes se sont croisées, comprises sans doute. tu as rempli ma journée de la chaleur de cet instant.

Les gens
il conviendrait de ne les connaître que disponibles A certaines heures pâles de la nuit, Près d'une machine à sous, avec des problèmes d'hommes, simplement, Des problèmes de mélancolieAlors, on boit un verre, en regardant loin derrière la glace du comptoir .
Et l'on se dit qu'il est bien tard
...


09 janvier 2006

Y. toujours et encore

Lecture ce matin du post de Mike
, excellent comme souvent, mélancolique comme toujours. Bien sûr, après, j’ai pensé à Y. l’amour de ma vie. Y. et notre amitié indéfectible. Y. et à tous ces moments partagés, vécus, inséparables, entremêlés, indissociables. On s’aimait, de cela il n’y à aucun doute. Après avoir compris, douloureusement, que N.Y.C. était trop dure avec nous, que nous n’étions pas fait pour le froid et la cruauté de cette ville que nous aimions tant, qui nous avait tant fait rêvé. Nous sommes allé à Brooklyn pour chercher une voiture qui nous emmènerait vers de nouveaux rêves, un lointain peut être plus accessible.
La dodge coronet station wagon verte nous attendait chez Nathan, un juif de Brooklyn qui nous regardait en biais comme pour chercher à deviner ce qu’il y avait derrière ces deux français dans l’hiver New-yorkais en partance pour nulle part, pressés de surcroît ! Il nous a aidés, sans doute attendrit par ce que nous dégagions, par la désespérance complice de ces deux êtres gauches et un peu tristes. En quelques heures, nous avions une assurance, une plaque minéralogique orange avec New York écrit dessus, 3 chiffres et trois lettres. Il nous a laissé les énormes pneus neige, il savait que, sortis de NYC, la neige tombait partout.
Nous avons quitté notre cellule du YMCA, pris la route vers l’ouest. Traversé le pays, en route vers San Francisco.
Nous étions pressés, nous roulions jour et nuit, presque sans parler, nul besoin d’ailleurs, je/tu étions tout entiers occupés à digérer cet échec New-yorkais, ce rêve américain qui déjà se délitait. Seule la neige nous a freiné, l’arrivée à Cheyenne fut désastreuse, les voitures pare-chocs contre pare-chocs suivaient la déneigeuse. Des heures pour arriver à Laramie, où la tempête de neige faisait rage. Nous avons stoppé dans le premier motel venu, pris d’assaut par les routiers bloqués par la neige. Nous avons passé deux jours ; deux jours enfermés dans cette chambre de motel à regarder la neige tomber, à boire des boissons improbables et manger les hamburgers de la cantine d’en face avec des chauffeurs de camions ventrus à chemises à carreaux. Deux jours à nous retrouver, deux jours pour reconstituer le rêve qui était notre liant. Deux jours et deux nuits, peau contre peau, deux jours l’un pour l’autre.
To be continued
Y me hante encore , Y me hante encore 2
NYC "1" ,NYC "2" ,NYC "3" ,NYC "4" ,NYC "5"



26 décembre 2005

L’odeur du cuir
En rentrant dans la voiture de L. hier au soir, j’ai trouvé sur la banquette arrière, le blouson de cuir de son fils. C’était un cuir comme on en trouve plus : de grande qualité, il s’était ennoblit avec l’usure et le temps. Une patine délicate, une grande souplesse, une merveilleuse douceur au toucher. Ce blouson était trop ancien pour n’avoir appartenu qu’à une seule personne ; de fait L. avait « légué » à son fils son blouson de galères. A son contact, à son odeur imprégnée, j’ai retrouvé d’un coup, de grands souvenirs maintenant lointains. Le cuir de Y. auquel je m’accrochais à l’arrière de la Moto Guzzi, le visage collé sur son épaule. Je pourrais encore en compter toutes les coutures, tous les plis ! Le bruit du frottement de nos deux blousons en contact lorsque l’un tenait l’autre ! Et mon propre flight jacket, compagnon d’innombrables galères, de trop nombreuses nuits blanches. Il s’ennuie maintenant dans mon placard ! Il est devenu tout rêche de ne plus être porté. Mais pourquoi le porterai-je encore ?

30 octobre 2005

NYC 5


En fait j’étais heureux. J’avais loué un petit appartement 44° st. Entre la 5° et la 6°. L. et moi parcourions du matin au soir les rues de Manhattan. Son enthousiasme, son regard sur tout ce que l’on voyait me charmaient. Nous étions en parfaite symbiose, lui, moi, les rues de Manhattan, les gens croisés, rencontrés et toi car, dans ma tête tu étais avec nous.
Je te/lui montrais mes immeubles favoris, les détails que je croyais être le seul à avoir remarqués. Je t’/l’entraînais dans tous mes lieux, tous les endroits de NYC inscrit dans ma mémoire ; mes endroits avec Y. L. ressemble tellement à Y ! Et puis je t’écrivais, je trouvais toujours un moment pour laisser L. seul et pour être avec toi.
Ce matin là, nous étions sur ce porte avion qui sert de musée de l’aéronavale sur les quais de l’Hudson et tu m’as appelé. Nous avons parlé plus d’une heure, de tout, de rien de nous, tout à la joie de nous retrouver. Je ne me souciais même pas du léger crachin qui tombait. Tu avais tourné la page. Tu m’attendais, tu m’aimais. L. de son coté attendait aussi que j’en finisse avec ce satané téléphone et se marrait de voir mon bonheur ainsi inscrit sur mon visage. J’avais les lunettes couvertes de fines gouttelettes de pluie Je l’ai pris par le bras, j’avais besoin de le toucher, de communiquer tactilement au moins un peu de l’amour qui m’envahissait de nouveau.

16 octobre 2005

NewYorkCITY "4"

Réveil au petit matin, l’excitation, cette minuscule cellule avec ses bruits encore nouveaux, ses odeurs inconnues, nous a poussés dehors. La rue ; une lumière blafarde de petit matin sur les gratte-ciels, dont on ne distingue déjà pas, ou pas encore les pointes. Un froid vif d’automne. Où aller ? On allume la première Lucky et on part, les mains dans les poches, le col du blouson retourné à la recherche de Donuts.
Les rues s’animent, on regarde, o ne se lasse pas de regarder, les gens : moches, gros, beaux quelques fois ; les voitures, les distributeurs de journaux, la fumée qui sort du trottoir. On n’échange que de rares mots, tout entiers absorbés par cette découverte. La journée passera ainsi, des kilomètres parcourus au fil des rues, des avenues. Pas de photos, trop tôt.
Et puis, le Manhattan du travail laisse la place au Manhattan de la nuit. Les gens changent, les fringues sont plus colorées, les gobelets de café ont laissé la place aux canettes de bière cachées dans des sachets de papier. Les sirènes de police sont plus nombreuses ; une tension de plus en plus perceptible se fait sentir. Nous descendons vers le Bowery, haut lieu de la scène New-yorkaise de ces années là. Niddle park n’est pas loin ; les dealers sont chez eux, on nous propose du speed que nous avalons en quantité sans même nous préoccuper de la qualité.
Le CBGB est proche, Patti chante ce soir. La nuit commence, la première ; nous sommes déjà bien allumés. Il faut que le rêve devienne réalité. De bars en bars, nous nous mélangeons avec la faune du quartier, le rock est partout, dans les bars, dans les parcs et les rues. Il se mêle encore à la poésie, Radio Ethiopia est encore dans les esprits. Le speed, les clopes, la bière et le bourbon se mélangent bien, nous nous sentons dès cette première nuit comme d’ici. NYC enfin nous appartient ; pour parachever ce triomphe, nous partons vers Coney Island voir le petit matin se lever. Hommage à Lou Reed.
Y. frigorifié sur les planches de ce champ de foire lugubre et abandonné, le bonheur est absolu. Je l’aime plus que tout; amour entier, fusionnel. On pourrait faire un arrêt sur image éternel de cet instant ou en faire notre dernier, je m’en fous, nous sommes les plus heureux des hommes.

NYC "1" ,NYC "2" ,NYC "3"


08 octobre 2005


Y. me hante encore 2.

Nous étions inséparables. Des journées et des nuits de glande à refaire le monde ; des heures aux terrasses des cafés, dans des appartements enfumés des bas quartiers. Lou Reed à fond sur la platine, des joints qui tournent et nous, faisant et refaisant le monde en attendant la nuit, puis l’heure d’ouverture des boîtes, puis le petit matin. Et puis l’héro entra dans notre vie. La première fois, c’était par curiosité : “I’m waiting for my man, 26$ in my hand .....“. La petite cuillère que l’on tord, la poudre brune, la petite seringue que l’on remplit en prenant bien garde de ne laisser aucune place à l’air. On tapote, pour faire partir les dernières bulles, et, le garrot serré, on s’apprête à injecter le produit dans sa veine.

“I don’t know just where I’m going
But I’m goin’ to try for the kingdom
if I can’cause it makes me feel like I’m a man
When I put a spike into my vein
Then I tell you things aren’t quite the same
When I’m rushing on my run
And I feel just like jesus’ son
And I guess I just don’t know
And I guess that I just don’t knowI have made very big decision
I’m goin’ to try to nullify my life’cause when the blood begins to flow
When it shoots up the dropper’s neck
When I’m closing in on death......”
Cette première fois, nous nous sommes aidés mutuellement à nous piquer. Cette première fois seulement car il y en eu plein d’autres. De l’héroïne, de la morphine, du palfium, tout ce qui permettait de planer ensemble.
La nuit, bourrés d’alcool et d’amphétamines, nous allions danser toute la nuit dans les boîtes punk de la costa brava, moins chères, plus chaudes, plus déglinguées que les nôtres. Au petit matin, on s’endormait ensemble, souvent même pas déshabillés.
Je l’aimais, lui disait. Lui, le regard, toujours au loin, ne disait rien ; jamais, jamais, il n’a prononcé ces paroles toujours attendues.
La drogue peu à peu nous gagnait. Il fallait toujours plus d’argent, cela devenait une obsession. Les docks. Nous avons planté la tente à Collioure, et, avec sa Moto-Guzzi California, nous allions tous les matins aux aurores, attendre des vacations sur le port de Port Vendres pour décharger des bateaux de marchandises. Des sacs et des sacs de produits chimiques, de patates, de ciment. Le soir, extenués, nous retournions au camping, nous défoncer tristement. Un soir, après avoir obtenu nos doses avec beaucoup de difficultés, nous nous sommes une nouvelle fois shootés. C’était de la merde, nous étions à bout de nerfs ; cette vie merdique nous pesait. La gloire était loin, on ne voyait plus personne, dux débrits, sous une tente minable, dans un camping en automne ; pour quoi faire ? Alors nous nous sommes violemment disputés, battu. Epuisés, dégouttés de voir enfin, où nous étions rendus, nous nous sommes enlacés en larmes nous promettant de ne plus toucher à cette saloperie, cette merde qui nous séparait.
Nous sommes lentement revenus à la vie. Seul ce virus en nous, ce virus qui nous marque et nous lie à jamais, nous rappelle ce que nous fûmes.

04 octobre 2005

Y. me hante encore

Y. mon premier, mon tout premier. Pas de corps, ça j’avais connu bien avant, mais d’esprit. Nous avons passé ensemble les années cruciales de notre existence. Celles où l’on se modèle, les années danger.
Je ne savais pas encore ce que j’étais. Pas vraiment asexué, non, mais pas fixé du tout. J’avais déjà connu des mecs, des filles aussi ; mais en cette période, dans notre " tribu", à 18 ans, le sexe, la défonce, faisaient partie de nos dépassements. Y. était à part, un charme fou, lointain. C’était l’artiste. Il savait tout faire ; ses silences captivaient, ses longues tirades faisaient taire les autres. Quand il écrivait, c’était bien, quand il dessinait c’était bien. Il faisait et défaisait les amitiés. On ne lui connaissait aucun amour. Grand, brun, presque maigre ; c’était moi en mieux. Nous nous sommes reconnus dès le premier instant. Au premier regard, nous avons compris l’un et l’autre ce que nous pouvions faire ensemble. Du haut de notre ego, nous avons immédiatement régné sur la tribu. Inaccessibles, encore plus inaccessibles, les filles et les mecs rêvaient de nous avoir. Nous allions de fêtes en fêtes, créant chaque jour le mythe. Oh! un mythe limité certes à notre tribu, mais cela suffisait à remplir un peu le mal être de cette période où l’angoisse du devenir grandit peu à peu. Un amour comme celui là vous digère tout entier, engloutit tout peu à peu et porte en son sein, les germes de sa destruction. Forcèment. Trop fort, étouffant, tellement fusionnel. Bien sûr un jour il fallut nous séparer, violemment, définitivement, douloureusement.
J’en porte encore, après tant d’années les traces; quelques fois il est dans mes rêves, tel qu’il était à l’époque, pas tel qu’il est maintenant.
Et puis, comme aujourd’hui, il m’arrive, de croiser un regard, un sourire, un nez, une allure qui me le rappelle furieusement. Alors je le retrouve.

Depuis, nous nous sommes croisés que 2 ou 3 fois, il est marié à deux enfants. Nous évitons ces moments.
Nous portons l’un et l’autre ce même virus, souvenir caché et fusionnel, tatouage passionnel de notre jeunesse.

03 octobre 2005


Ne va pas croire que l'intimité est venue facilement entre nous. Il m'a fallu du temps pour m'approcher de lui, pour l'apprivoiser, pour qu'il accepte que je sois là auprès de lui.
C'est un être taciturne qui ne recherche pas la compagnie, qui n'apprécie pas la familiarité.
J'ai dû vaincre beaucoup de résistances. Essuyer beaucoup de rebuffades.
C'était la première fois de ma vie que je faisais l'effort d'aller vers quelqu'un.
Un instant d'abandon - Philippe Besson-

22 septembre 2005


New York City '4'

Le taxi s’est enfin arrêté. Nos sacs sortis du coffre, la course réglée, nous nous retrouvons enfin seuls, au milieu de la rue. Une légère pluie couvre de fines gouttelettes mes lunettes. Les néons clignotants et multicolores se reflètent sur le bitume humide. Où sommes-nous ? En levant le nez, nous découvrons l’immensité de l’empire state building. Taxis jaunes, fumées sortant comme par magie du sol. Pas de doute c’est comme nous l’attendions. Nous partons au hasard, droit devant, à la recherche d’un hôtel mais pas vraiment. Tout entiers absorbés par l’instant, tentant de graver en nos mémoires cet assemblage complexe et grisant d’odeurs, de bruits, de lumières.
Devant nous un YMCA, nous entrons, prenons une chambre, une cellule ? Deux petits lits, une petite table, une bible. L’immeuble résonne de bruits étranges. Des cris, des radios qui diffusent des musiques multiples, des matchs.
Les douches sont communes à l’image des douches de prison, telles que l’on peut les voir dans les films en tous cas.
Je me déshabille, craignant comme un gosse, que quelqu’un vienne me rejoindre. La vapeur rapidement remplit la pièce sous une lumière blafarde. Le clapotis de l’eau résonne sur ces murs humides. Soudain un énorme homme noir, le bassin recouvert d’une serviette fait son entrée. Sans me jeter le moindre regard, sans un mot, il pose sa serviette, et se glisse sous la pomme de douche en face de moi. Je ne veux pas le regarder, mais ne puis m’empêcher de jeter des regards furtifs vers lui. Mon dieu ! C’est un colosse ! Sa queue est énorme. Ne pouvant quitter des yeux son engin, je panique et quitte précipitamment la salle, oubliant mon savon et mon slip, prenant à peine le temps de me couvrir de a serviette.
Je rejoins ma cellule et Yann. Je vais à la fenêtre. New York est là. Première photo. Demain, une nouvelle vie commence.

14 septembre 2005

NYC 3


New York City '3'
Et ce cœur qui bat la chamade ! L’écran TV du 747 signale presque mètre par mètre la descente vers Kennedy airport. Il faut remplir des tas de petits formulaires, la moindre erreur retardera au mieux l’entrée aux USA.
L’avion touche le sol et s’avance doucement vers le satellite d’accès à l’aérogare. Sensation très désagréable car le sol est là, on y est, l’Amérique est là, mais encore irréelle. On passe de la cabine pressurisée de l’avion à l’ambiance aseptisée et climatisée de l’aéroport. Pas d’odeur particulière, un éclairage artificiel très blanc, très fort.
Et puis on passe la douane, on récupère ses bagages et on franchit comme un sas vers le monde réel, vivant ; du bruit, des tas de gens, des papiers par terre, et les odeurs des autres, une odeur particulière qui nous assurent que nous sommes en terra incognita ; rien à voir avec Paris ou d’autres villes connues. Après tout va très vite, on sort dehors, la nuit tombe, nous sommes entre « chient et loup ». On hèle un taxi. Il est jaune bien sûr, le chauffeur est noir bien sûr. Il me regarde fixement, durement ; il me demande où je vais. Oui où aller, dans ce rêve qui m’a conduit ici, je ne m’étais jamais posé la question ! Une pluie fine commence à tomber, les vitres du checker se constellent rapidement de fines gouttelettes qui reflètent les lumières extérieures. Le chauffeur s’impatiente, consent à baisser le son de son autoradio hurlant des commentaires de baseball. « Empire state building » ; cela lui suffit, il se fout de savoir ce que deux français peuvent bien pouvoir faire, la nuit, sous la pluie, avec leurs sacs à dos, au pied de l’empire state !
Dans le silence qui se fait enfin, la réalité prend corps, des paysages se dessinent par delà les gouttes de pluie sur les vitres. Les voitures, la taille des voies de l’autoroute, la radio ; nous sommes ailleurs, nous y sommes.
Et puis d’un coup, au détour d’un virage, l’Hudson, les ponts, le skyline, Manhattan est là devant nous.

13 septembre 2005

NYC 2



New York City '2'
Le rêve se réalisa enfin.

Comment parler de NYC sans parler de Yann ? mon ami, mon idole. C’est avec lui que mes délires new yorkais prirent forme ; suis-je parti pour lui ?...
Je me rappelle de cette dernière soirée française. Nous avions décidé de réunir tous nos amis, beaucoup de speed, de l’alcool bien entendu et d’arriver au petit matin en écoutant tous ces morceaux, de Lou Reed aux Ramones en passant par l’homme à tête de chou, qui avaient façonné nos personnages.

Le matin, dans le train pour Londres, imbibés d'alcool, en pleine descente de speed, nous n'en menions plus large. L'avenir, l'aventure, nos destins étaient maintenant devant nous. Plus possible de reculer, nous avions tout fait d'ailleurs pour ne plus avoir à revenir en arrière, en creusant des déficit monstres dans nos compte bancaires.

Moi, je planais, j'étais enfin avec lui qu'avec lui, tout entier pour moi et pour longtemps. Cela me grisait; le beau Yann que toutes les filles me convoitaient, Yann le taciturne, l'inaccessible punk.

NYC 1

New York City '1'

Longtemps j’ai rêvé de New York, de ses gratte-ciels bien entendu, mais surtout de ses couleurs, de ses odeurs ; des nuances de gris aux senteurs humides, le boucan de ses rues, des canettes de bière jonchant le sol, de la fumée sortant du bitume. Je rêvais de NYC droit sorti des chansons de Lou Reed et du Velvet underground de macadam cowboy et de taxi driver.
Sortir d’un yellow checker pour m’engouffrer au CBGB, et me faire peur en traînant mes rayban et mon perfecto aux heures pâles de la nuit en remontant à pied de St Mark place vers downtown. Une bonne dose de speed à vrai dire pour aider à la manoeuvre.

11 septembre 2005

Nyc sept. 11

NYCSEPT112001

J'étais à Manhattan, quelques jours après. J'ai vu les regards des new-yorkais encore remplis de l'horreur veçue. Les rues de downtown étaient remplies d'une odeur entêtante de cendres. Les immeubles proches de ground zero, les rues étaient recouverts de cendres. Malgré tous les efforts des services de nettoiement qui recouvraient jour et nuit la chausée d'eau pour que les cendres collent au sol.


"Je ne peux pas ne pas m'imaginer les restes de ces six mille personnes en train de se décomposer dans les décombres proches. Je ne peux pas sentir leur mort dans l'air que je respire. Les gens qui vivent dans d'autres quartiers ne sont pas commotionnés comme nous le sommes ici au centre ville. Avoir entendu ce premier avion frôler notre maison à contribué à planter le décor de mes cauchemars, j'en suis sûr. ... Et maintenant de quelque côté que je me tourne, je vois ces photos de disparus qui brisent le coeur, preuves absolues que tout cela est réellement arrivé. Ce n'est pas un de ces mauvais films déstinés à faire du fric, c'est la réalité."
Israël Horovitz - trois semaines après le paradis-.

07 octobre 2001


NYC jour 4

06 octobre 2001


NYC jour 3

05 octobre 2001

NYC jour 2